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La Bible et l'argent - Les finances dans l'église

de Enseignant))

LA BIBLE ET L'ARGENT - LES FINANCES DANS L'ÉGLISE

Il y a paraît-il 2.084 allusions à la richesse et à l'argent dans la Bible contre 215 à la foi et 208 au saluU. Cela ne veut pas dire que l'argent est plus important pour la Bible mais il est révélateur de notre personnalité et surtout de la foi. Il n'y a pas en effet de clivage entre le matériel et le spirituel dans la perspective biblique. Les nombreux préceptes relatifs à la richesse tant dans l'AT que dans le NT témoignent d'un domaine particulièrement sensible, une zone test pour notre foi, un lieu de vigilance de tous les instants, un terrain souvent glissant. Aussi est-ce sans hésitation et souvent sans réserve que les auteurs bibliques abordent ce sujet, à commencer par Jésus lui-même.
Il est difficile de ne retenir que les textes où il est question spécifiquement des finances dans l'Église. Cette question est posée dans un contexte différent du nôtre, à la lumière de l'ensemble de la révélation biblique. Elle ne peut donc pas être séparée de la question plus générale des richesses dans la Bible. C'est pourquoi je propose de nous arrêter tout d'abord sur les enjeux et les dérives des richesses pour la Bible ainsi que les solutions bibliques face à ces dérives. Puis nous en viendrons plus directement au thème de l'argent dans l'Église à travers la question du don. Enfin nous terminerons par la question des motivations et du juste rapport face à l'argent.
I- La richesse : ses enjeux, ses dérives, les solutions bibliques

Enjeux et dérives

D'abord il convient d'affirmer que la richesse n'est pas quelque chose de mauvais en soi pour les auteurs bibliques. Plusieurs personnages célèbres de la Bible sont riche sans que cela leur soit reproché : Job, Abraham, Salomon. Ce qui pose problème ce n'est pas d'avoir des richesses, c'est l'usage qu'on en fait ou l'attitude qu'on adopte face à elles. Ce qui importe pour l'Évangile, ce n'est pas la quantité des richesses que nous possédons (le combien) mais la relation que nous entretenons avec elles. La Bible ne se préoccupe pas tant de la question du « combien avons-nous ? » que de la question du « comment gérons-nous ? ». L'évangéliste Marc par exemple nous dit qu'un jour Jésus se tenait dans l'entrée du temple. Là il observait pour voir « comment chacun mettait son offrande dans le tronc » (comment et non pas combien) Mc 12.41. C'est bien le rapport à l'argent qui est ici visé par Jésus plus que la quantité.
Ailleurs, Jésus personnifie l'argent en le nommant « Mamon ». En disant « vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt 6.24), il fait de l'argent une sorte de « dieu concurrent ». C'est la seule idole qui soit ainsi personnifiée par Jésus. D'emblée, Jésus exclut toute possibilité de partage. L'adoration à Dieu est exclusive, incompatible avec celle à Mamon. L'argent représente une puissance non seulement « concurrente » mais surtout opposée à la démarche de la grâce qui est par définition une oeuvre de gratuité.
La Bible dénonce à plusieurs reprises les effets pervers des richesses et des biens matériels sur l'homme. Mamon se conduit en véritable tyran. Jacques Ellul de remarquer que « dans les textes bibliques, l'argent est rarement considéré comme un objet neutre, mais comme un sujet qui agit aussi bien à l'égard de celui qui ne l'a pas (et qui alors le désire ou plutôt est désiré par l'argent) que celui qui le possède et obéit à ses lois »;.,. Mamon a ce redoutable pouvoir de prendre de plus en plus de place dans le cœur de l'homme. « Celui qui aime l'argent dit l'ecclésiaste n'est pas rassasié par l'argent » (5.9). Autrement dit celui qui en a en veut toujours plus. Ainsi, « le bonheur d'argent est comme une ligne d'horizon qui s'éloigne au fur et à mesure que l'homme cherche à s'en approcher » ,. C'est précisément cet engrenage infernal lié à l'argent et aux possessions matérielles que dénoncent les prophètes à commencer par Ésaïe : « quel malheur de voir ces gens qui ajoutent une maison à une autre et annexent champ après champ ! À la fin ils ont pris toute la place, il n'y a plus qu'eux dans le pays » (5.8). L'argent met ainsi en lumière cette prétention du cœur humain à prendre toute la place jusqu'à celle de Dieu si c'était possible.

Parmi les dérives liées à cet engrenage de l'argent et des richesses, il y en a donc 3 sur lesquelles la Bible nous interpelle plus particulièrement :
1 - l'idolâtrie en faisant de l'argent ce Mamon qu'on sert à côté (ou à la place) de Dieu. L'apôtre Paul en Colossiens 3.5 dénonce l'avarice comme un acte d'idolâtrie.
2 - l'esclavage. C'est l'histoire du jeune homme riche qui n'est pas prêt à se défaire de ses richesses. En lui demandant de vendre tous ses biens, le Christ met en évidence sa trop grande dépendance vis-à-vis de l'argent qui l'empêche de choisir (il repart tout triste) et le rend finalement esclave.
3 - enfin l'endurcissement du coeur : « ceux qui veulent s'enrichir tombent dans la tentation, dans le piège et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car l'amour de l'argent est une racine de tous les maux ; et quelques uns en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourment » 1 Tm 6.9-10. Une fois de plus, c'est l'avarice qui est ici dénoncée.

Solutions

1 - Le premier repère que la Bible pose pour nous aider à prévenir ces dérives, c'est d'affirmer que l'argent et les richesses sont subordonnés à Dieu : « l'or et l'argent du monde entier m'appartiennent» dit Dieu par la bouche du prophète Aggée (2.8 version Français Courant). L'homme n'est donc pas le propriétaire absolu des richesses. Il n'en est que le gérant. Savoir cela change bien des choses dans notre rapport à l'argent. En tant que gérant de richesses qui me sont confiées, j'ai des comptes à rendre. Je ne peux pas en faire ce que je veux et surtout je ne peux pas être possédé par ce qui ne m'appartient pas. Je ne peux pas non plus m'en glorifier : « Qu'as-
tu que tu n'aies reçu ? dit Paul aux corinthiens, Et si tu l'as reçu, pourquoi t'en glorifies-tu ?»
(1 Co 4.7). Cela change aussi dans ma manière de donner. Car le don que je fais au Seigneur est prélevé sur ce qui lui appartient déjà. Il devient avant tout un acte de reconnaissance envers celui qui est le maître et le donateur de tous nos biens. Ainsi je ne donne pas parce que Dieu en a besoin mais parce que j'en ai besoin.

2 - À côté de l'affirmation que Dieu est bien le propriétaire absolu de nos richesses, la pratique du don est le deuxième repère biblique dans le rapport que l'homme est amené à entretenir avec
l'argent. « Tel qui fait des largesses devient plus riche, tel qui épargne à l'excès ne fait que s'appauvrir » (Pr 11.24). Pour Jacques Ellul le don est une profanation de l'argent, il le désacralise, il l'empêche de devenir une idole dans notre vie`. Le don introduit dans le domaine de la concurrence et de la vente la dimension de la gratuité. Ésaïe 55.1 le dit en des termes très clairs « venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer ». L'achat et la gratuité se mélangent ici jusqu'à se confondre. C'est parce que nous avons reçu gratuitement que nous sommes invités à donner gratuitement. C'est la même exhortation que Jésus donne à ses disciples quand il les envoie dans les villes pour évangéliser : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10.8). C'est dans ce contexte qu'il convient d'aborder le don d'argent dans la Bible.


II- Le don d'argent dans la Bible et sa pratique dans l'Église primitive

Dimensions cultuelle et économique du don dans la Bible

Nous savons que l'offrande dans l'ancienne alliance ne se faisait pas toujours sous forme de monnaie sonnante et trébuchante. Elle était prélevée le plus souvent sur les produits des récoltes ou de l'élevage (en particulier pour les sacrifices) (Lv 27.30). Il s'agissait des prémices des revenus et pas de n'importe quelles prémices puisqu'en ce qui concerne la victime offerte lors des sacrifices, elle devait être sans défaut (pas question de se débarrasser de la brebis galeuse du troupeau). Ainsi le don mettait la foi de l'israélite à l'épreuve, car il lui fallait compter sur la fidélité de Dieu qui allait pourvoir (Ex 23.19). On aime à citer à ce sujet ces paroles des Proverbes :
« Honore l'Éternel avec tes biens, avec les prémices de tous tes revenus : alors tes greniers seront remplis d'abondance et tes cuves regorgeront, de moût » (3.9-10).
À côté de ces prescriptions cultuelles, il y a dans FAT les enseignements relatifs au jubilé et qui concernent cette fois le domaine économique, voire écologique (Lv 25). La remise des dettes, la liberté rendue aux esclaves, la mise en jachère des terres... bref cet arsenal jubilaire vise le don. C'est lui qui est au cœur de la démarche jubilaire. Et ici le partage devient un élément moteur pour la gestion des richesses. C'est André Biéler qui souligne que dans la Bible deux courants apparemment contradictoires mais complémentaires s'affrontent : celui de la pauvreté prophétique où on accepte de se faire pauvre par solidarité avec les pauvres et celui de la gestion responsable. Les prescriptions jubilaires me semblent un beau mélange des deux. Sans entrer dans le détail de ces recommandations, on peut dire que ces lois tendent à mettre une limite aux abus liés à l'accroissement des richesses comme le dénonce le prophète Ésaïe (cf. És 5.8).

Si je mentionne le jubilé, c'est parce que sa pratique bien que contestée sous l'ancienne alliance a eu des répercussions dans la nouvelle et en particulier au sein de l'Église primitive. Cette volonté de redistribution propre au jubilé biblique est au cœur de la démarche de l'Eglise primitive. Les premiers chrétiens mettent leurs biens en commun et surtout ils vendent leur terre (plus probablement comme le précise Frédéric de Conink, ils renoncent à en tirer profit Ac 4.32-37. Ce témoignage de Luc que nous trouvons en Ac 4.34 « il n'y avait parmi eu aucun indigent » reprend mot pour mot l'une des prescriptions jubilaires en Dt 15.4 «il n'y aura point d'indigent chez toi ». On retrouve d'autres allusions aux pratiques jubilaires dans les évangiles surtout chez Luc : c'est le cas de Zachée qui après sa rencontre avec Jésus remet une partie de ses biens aux pauvres (Lc 19.1 -10). Il associe d'ailleurs spontanément les pauvres aux victimes de ses escroqueries. Aux premiers il donne la moitié de ses biens et aux autres le quadruple de ce qu'il a escroqué. Cette manière de penser ensemble justice directe et indirecte est conforme aux prescriptions jubilaires dont la principale préoccupation est le rééquilibrage de situations par trop inégales. Ainsi, c'est par le don que Zachée rend témoignage de sa conversion et c'est par le don qu'il décide de tourner le dos à Mamon qui menait sa vie jusque là. On pourrait aussi citer chez Luc la parabole de l'économe infidèle mais nous y reviendrons. L'apôtre Paul quant à lui ira encore plus loin en plaidant pour un principe égalitaire (novateur pour l'époque) notamment concernant la collecte pour les chrétiens de Jérusalem : « il s'agit, non de vous exposer à la détresse pour le soulagement des autres, mais de suivre une règle d'égalité : dans la circonstance présente votre abondance pourvoira à leur indigence, afin que leur abondance pourvoie pareillement à votre indigence : de la sorte, il y aura égalité » (2 Co 8.13-14).

Paul et l'argent
Paul aborde souvent le sujet de l'argent dans ses lettres, en particulier quand il s'agit de la collecte pour Jérusalem. Dans sa deuxième épître aux Corinthiens, il y consacre deux chapitres entiers (8 et 9). Quant à la première aux Corinthiens, elle se termine par ce même appel financier (1 Co 16.1-5). Dans son livre Paul, un apôtre au cœur de Berger, Philippe Decorvet s'interroge au sujet de cette finale de la première aux Corinthiens. Il se demande ce que vient faire ici le rappel de la collecte après la progression extraordinaire des chapitres précédents : la Cène, les dons spirituels, l'amour, la prophétie, la résurrection, le Royaume de Dieu que. Pour Philippe Decorvet ce chapitre constituerait le critère pour voir si l'on a bien compris les chapitres précédents (11 à 15). Cet appel au don chaque dimanche en faveur des chrétiens de Jérusalem viendrait comme une sorte de test, de mise en pratique dans le concret de tout l'enseignement qui précède.
L'apôtre accorde en effet une très grande importance à cette question puisqu'il se propose même au verset 4 (1 Co 16.4) d'interrompre son ministère pour aller lui-même sur place traiter la question avec les corinthiens. Paul ne considère donc pas ce point comme un à côté de la vie de l'Église. D'ailleurs tout comme il envoie Timothée et Tite pour régler de graves problèmes dans les Églises (inconduite, divisions ...), il envoie également à Corinthe des délégués s'occuper de la libéralité (2 Co 9.5).

Venons-en au vocabulaire que Paul utilise pour traiter des questions financières. Il est aussi significatif! 1. Il révèle à quel point ces préoccupations sont pour lui essentielles. En Romains 15.25, l'apôtre utilise le mot diakonia : « je vais à Jérusalem pour le service des saints » (pour le ministère des saints) - allusion à la collecte de Jérusalem - montrant par là qu'il intègre au coeur de son ministère apostolique les questions financières. Ailleurs, il utilise le mot koinonia. Par exemple quand il remercie les Philippiens pour leur soutien matériel (Ph 4.15). Or c'est un terme qui sert généralement à désigner la communion fraternelle. Ce qui fait dire avec humour à Philippe Decorvet que « pour Paul, la communion fraternelle s'incarne jusque dans les porte-monnaies »
Déjà du temps de Paul cet enseignement sur l'argent était délicat. Les adversaires de Paul en ont tiré parti pour le discréditer : « vous admettez donc que je n'ai pas été un fardeau pour vous. Mais on prétendra que, faux comme je suis, je vous ai pris au piège par ruse. Est-ce que je vous ai exploité par l'un de ceux que je vous ai envoyé » (2 Co 12.16-17). Comme on le sait Paul est amené à répondre à ces accusations à plusieurs reprises dans ses épîtres. Il ne cesse de rappeler qu'il a pourvu lui-même à ses propres besoins. Mais il n'en fait pas une règle pour les autres puisqu'il est l'un des auteurs du NT qui exhorte au soutien matériel pour les serviteurs de Dieu (1 Co 9.11, 13 ; Ga 6.6, 1 Tm 5.17).

Toujours Philippe Decorvet montre que l'enseignement de Paul sur la libéralité est porté par un véritable souci pastoral. Souci qui tient compte d'une part de son amour des personnes : Paul en effet ne supporte pas l'idée que des frères et sœurs en Christ soient dans le besoin. D'autre part, ce souci pastoral pour la libéralité tient aussi compte de son amour pour l'Église car l'entraide mutuelle est un facteur d'unité de solidarité pour l'Église : « cartes chrétiens juifs ont partagé leurs biens spirituels avec ceux qui ne sont pas juifs ; les non-juifs doivent donc aussi les servir en subvenant à leurs besoins matériels » Rm 15.27 (autre exemple de continuité entre le spirituel et le matériel). Les conséquences de cet enseignement sont donc multiples.
Si on pose la question de savoir comment est-ce que Paul aborde la question de l'argent, on pourrait donc répondre : souvent mais aussi sans contrainte. Pour Paul libéralité rime avec liberté. L'offrande doit rester une contribution volontaire. Même si l'offrande pour les chrétiens de Jérusalem reste pour lui une préoccupation majeure, jamais il n'en fait un impôt. Jamais d'ailleurs il ne parle de dîme. Il préfère parler d'égalité comme on l'a déjà vu ce qui va souvent bien plus loin que la dîme. Ce qui importe pour Paul, c'est que l'offrande reste un acte spirituel.

Philippe Decorvet, repère cinq caractéristiques spirituelles de l'offrande chez Paul:

1 - C'est un acte de reconnaissance envers Dieu qui s'est donné pour nous. C'est par cette exclamation de louange « grâces soit rendu à Dieu pour son don ineffable » que Paul conclut ses deux chapitres consacrés à la collecte pour Jérusalem (2 Co 9.15). À ce sujet, André Biéler écrit dans Réhabiliter l'argent : « avant d'être un acte utilitaire, l'offrande est un acte de reconnaissance nécessaire à notre vie spirituelle quotidienne. C'est l'acte par lequel nous attestons, par le prélèvement d'une partie de nos biens que nous reconnaissons en Dieu le seul auteur de notre vie, celui qui pourvoit à tous nos besoins et qui en retour attend que nous placions sous son regard notre vie entière ... »
2 - C'est aussi un acte de consécration, là aussi à la suite du Christ qui s'est totalement donné pour moi (2 Co 8.9)

3 - C'est un acte de foi. « Celui qui sème peu moissonnera peu. Celui qui sème abondamment moissonnera abondamment » (2 Co 9.6). Paul s'inscrit en droite ligne dans la perspective des écrits testamentaires sur la question.
4 - C'est un acte de solidarité et d'amour envers ceux qui souffrent dans l'Église.
5 - Enfin c'est un élément du combat spirituel car comme on l'a déjà souligné l'offrande est un des meilleurs moyens pour combattre la puissance de Mamon qui cherche à imposer sa dictature sur notre vie.
Pour conclure sur l'enseignement de Paul au sujet de l'argent, on peut dire que l'apôtre envisage l'offrande comme un don joyeux et volontaire qui se fait régulièrement chaque premier jour de la semaine. « Que chacun de vous, le premier jour de la semaine mette à part chez lui ce qu'il pourra selon ses moyens » (1 Co 16.2). Il s'agit d'une forme d'action de grâce qui fait partie intégrante du culte dominical.

La dîme

Concernant la dîme, si elle est souvent mentionnée dans FAT, à côté des offrandes, elle est peu voire pas présente dans le NT. Quand Jésus la mentionne, c'est pour dénoncer son usage légaliste qui laisse de côté l'essentiel de la foi : « malheur à vous pharisiens, vous vous acquittez scrupuleusement de la dîme sur toutes les petites herbes, comme la menthe et la rue, et sur le moindre légume, mais vous négligez la droiture et l'amour de Dieu ! » (Lc 11.42). Jésus dénonce cette dichotomie qui consiste à reléguer le religieux dans cette petite sphère qu'est la dîme (celle de la menthe de l'aneth et du cumin) et à exclure Dieu du reste de la vie (la plus grande où la justice et l'amour de Dieu devraient régner).

Mais on aurait tort de tirer prétexte de cette condamnation pour conclure que Jésus rejette la pratique de la dîme. Tout de suite après, Jésus ajoute : « c'est là ce qu'il fallait pratiquer sans omettre les autres choses ». Jésus ne condamne donc pas la pratique de la dîme mais son usage légaliste. Ce que Jésus veut dire ici, c'est que la pratique de la dîme n'exclut pas, bien au contraire, celle de l'amour et de la justice. L'enseignement plus général de Jésus sur le don d'argent et les exemples qu'il prend comme l'offrande de la veuve vont en réalité plus loin que la dîme (la veuve donne de son nécessaire et pas de son superflu). C'est comme si le NT revoyait l'enseignement de la dîme de VAT à la lumière du don de Jésus lui-même et que Paul rappelle aux corinthiens en ces termes : « car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Co 8.9).
De manière générale, l'enseignement biblique sur la dîme permet d'affirmer trois choses:

1 - Dieu premier servi, car la dîme était prélevée sur les prémices (Ex 23.19). Il s'agit d'une marque de confiance et de foi dans la prévoyance de Dieu. Paul nous l'avons vu reprend cet enseignement quand il applique la parabole du semeur qui récolte ce qu'il sème au sujet de l'offrande.
2 - Le don débouche sur le partage. Au chapitre 12 du Deutéronome, la dîme donne lieu à des réjouissances et à un repas partagé avec l'ensemble de la famille, les serviteurs et les lévites.
3 - La dîme était aussi un moyen sous l'ancienne alliance de pourvoir aux besoins des plus démunis (Dt 14.28-29). Richesse et pauvreté sont souvent liées dans la Bible. On peut se demander comment notre offrande dominicale pourrait intégrer cette dimension.

Enfin, plusieurs textes accompagnent l'exhortation à donner sa dîme et ses offrandes de promesses de bénédiction. J'aimerais m'arrêter un instant sur la question de ces bénédictions parce que cela donne parfois lieu à certaines confusions. J'ai déjà cité Proverbes 3.9 et 10, on pourrait aussi citer et Malachie 3.10: «apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison ; mettez-moi de la sorte à l'épreuve, dit l'Éternel des armées, et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si je ne répands sur vous la bénédiction en abondance » (allusion dans les versets qui suivent aux récoltes bénies). Cependant, ces bénédictions ne sont pas présentées comme la motivation pour donner mais plutôt comme un rappel de la fidélité de Dieu. Donner à Dieu dans le but d'être béni par Dieu est donc contraire à l'enseignement biblique (c'est l'enseignement de la théologie de la prospérité). En revanche, Dieu promet de ne pas abandonner celui qui donne avec joie et désintéressement (Pr 11.24). Dans un article consacré à la théologie de « donner » dans l'évangile de Jean, Alain-Georges Martin conclut en disant que chez Jean « la réponse au don n'est pas un donnant-donnant. Je ne donne pas pour attendre une réciprocité, mais recevoir un don crée une responsabilité ; pour Jésus celle de donner sa vie pour ses amis. Le don dans sa relation humains, signifie que tout ne peut être que calcul, attente d'un retour de bienfait. La gratuité dans le don implique une disponibilité de ce qui est donné. Dans le don tel que le conçoit l'évangile de Jean, il ne peut y avoir ni domination, ni profit. »

Pour celui qui est au clair sur ses priorités pour celui qui recherche d'abord le royaume et la justice de Dieu, Jésus promet que le reste viendra « par dessus » (Mt 6.33). Ce fût d'ailleurs le cas pour Salomon qui choisit de ne pas demander à Dieu la richesse mais la sagesse et à qui Dieu dit qu'il lui donna « en outre » ce qu'il n'avait pas demandé (1 R 3.13).
Il est donc important d'être au clair sur ses motivations. C'est d'ailleurs sur ces motivations qui nous poussent à donner que les auteurs du NT nous rendent attentifs.


III- Quelle est la juste attitude à avoir vis-à-vis de l'argent ?

Dans l'exhortation que Paul donne aux corinthiens au sujet de la collecte pour Jérusalem, il commence par citer en exemple l'attitude des chrétiens de Macédoine (2 Co 8.1-5). Dans ce texte d'une grande densité, l'apôtre attire l'attention sur la motivation qui pousse ces chrétiens à donner. Nous apprenons d'abord que ce sont des gens pauvres et éprouvés. La pauvreté n'est donc pas une excuse pour ne pas participer au don (2). Quand ils donnent, les chrétiens de Macédoine sont animés d'une joie débordante (2). Il donnent largement (avec libéralité), volontairement (sans contrainte) (3). Participer à cette offrande constitue pour eux un vrai privilège (4). C'est d'ailleurs surprenant de voir que celui qui supplie c'est le donateur : « ils nous ont demandé avec beaucoup d'insistance la faveur de participer à l'envoi d'une aide » (4). Mais surtout leur don de solidarité est d'abord une offrande. Il découle de l'offrande première de leur vie au Seigneur (5). Là encore, c'est sur l'attitude du coeur, sur la motivation que Paul à la suite des auteurs du NT met l'accent plus que sur la quantité du don. Le don pour les chrétiens de Macédoine est une forme de sacrifice non pas dans le sens douloureux ce terme peut avoir. Il ne s'agit pas pour eux de voir l'acte de se déposséder en premier, mais d'abord l'acte d'amour qui le fonde. Le sacrifice est don, il établit alors un lien entre celui qui offre et celui reçoit. Il va du « je » au « tu ». La visée du don reste d'abord le lien de communion. C'est pourquoi il est source de joie, de croissance et d'affermissement.

Celui qui donne n'est pas forcément libéré de la puissance de Mamon. Si le don désacralise l'argent, s'il le profane et l'empêche de devenir une idole, le don peut aussi dégénérer en aumône avec tout ce que ce terme peut avoir de condescendant. Michel Johner dans un article consacré au rapport que le chrétien entretient avec l'argent écrit ceci: « on rencontre parfois, jusque dans les milieux évangéliques, un certain « misérabilisme » qui repose, lui aussi, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, sur une idolâtrie-de I'argent -que j'appellerais une « idolâtrie à l'envers » : l'idée que le dépouillement serait en soi, et objectivement, porteur de vertu (ou au contraire à la richesse intrinsèquement mauvaise) ... Car jusque dans le dépouillement ascétique, Mamon, parfois, règne encore ». La Bible ne présente pas le don ni même la pauvreté comme une vertu qui nous libérerait à tous les coups de la puissance de Mamon. D'ailleurs, quand Jésus dit au jeune homme riche : « si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donnes-le aux pauvres, et tu auras un royaume dans les cieux puis viens et suis-moi », (Mt 19.21), Jésus ne l'incite pas à se dépouiller mais à céder des biens qui sont pour lui source de rente. Autrement dit, il l'incite à revenir à un meilleur partage des richesses et non pas à tomber dans la pauvreté.
La prière du livre des Proverbes à ce sujet est révélatrice: « ne me donne ni pauvreté, ni richesse. Accorde-moi le pain qui m'est nécessaire, de peur qu'étant rassasié je ne te renie et ne dise qui est l'Éternel ou qu'étant dans la pauvreté, je ne commette un vol et ne porte atteinte au nom de Dieu » (30.8-9). Richesse et pauvreté sont renvoyées dos à dos comme étant à éviter. L'auteur des Proverbes plaide pour une vie sobre, à égale distance entre richesse et pauvreté. C'est aussi ce que préconise l'auteur de l'épître aux Hébreux quand il dit : « ne vous livrez pas à l'amour de l'argent ; contentez-vous de ce que vous avez ; car Dieu lui-même a dit : je ne te délaisserai point etje ne t'abandonnerai point » (Hé 13.5).

La liberté face à Mamon, ne consiste donc pas à s'en défaire mais à rester le même qu'on soit riche ou pauvre. Le même vis-à-vis de Dieu, le même dans sa consécration à Dieu, le même vis-à-vis des autres et de soi-même. C'est ce que Paul exprime avec force dans son épître aux Philippiens. Au chapitre 4 (Ph 4.11-13), l'apôtre nous dit qu'il a connu à la fois l'abondance et la disette. Mais il a appris à ne pas se laisser dominer par ces circonstances. L'abondance ne le rendait ni orgueilleux, ni désinvolte. La pauvreté ne le rendait ni inquiet, ni frustré. Paul était libre de l'esclavage des possessions matérielles parce qu'il savait que son bonheur était ailleurs. C'est cette assurance et cette affection pour cet autre trésor au ciel qui libère de l'emprise de Mamon. C'est sans doute aussi l'enseignement de Jésus dans la parabole de l'économe infidèle (Lc 16.113) car en se débarrassant des richesses injustes, l'économe infidèle découvre alors les richesses véritables (l'application que Jésus donne de cette parabole vise les biens spirituels).
Ainsi, l'enseignement de la Bible sur l'argent passe par un bouleversement des valeurs auxquelles nous étions précédemment attachées. C'est l'exhortation de Jésus : « ne vous amassez pas des richesses dans ce monde, où les vers et la rouille détruisent, où les cambrioleurs forcent les serrures pour voler. Amassez-vous plutôt des richesses dans le ciel où il n'y a ni vers ni rouille pour détruire, ni cambrioleurs pour forcer les serrures et voler. » (Mt 6.14).

C'est aussi le sens de l'exhortation de Paul aux riches dans 1 Tm 6.17-19 « recommande à ceux qui possèdent les richesses de ce monde de ne pas s'enorgueillir ; dis leur de ne pas mettre leur espérance dans ces richesses si incertaines, mais en Dieu qui nous accorde tout avec abondance pour que nous en jouissions. Recommande-leur de faire le bien, d'être riches en actions bonnes, d'être généreux et prêts à partager avec autrui. Qu'il amassent ainsi un bon et solide trésor pour l'avenir afin d'obtenir la vie véritable ». Paul cherche ici à réorienter les valeurs des riches vers les trésors spirituels en les exhortant également à partager autour d'eux, c'est à dire à1donner. Cet enseignement biblique est plus que pertinent aujourd'hui dans une société consommation où règne l'esprit de concurrence et de compétition.

Comment la Bible nous parle-t-elle de l'argent ? Souvent (ce n'est pas un sujet tabou), comme un révélateur de la foi, comme lieu incontournable pour l'exercice de notre foi (don, koinonia, diaconie ...), comme un lieu où doit sans cesse s'exercer notre vigilance, comme un sujet qui concerne tout le monde : riche et pauvres, Église et société...

Micaël RAllANO

Enseignant 5477 mots - lu 457 fois - ajouté le 17/02/15 Télécharger ce message Version imprimable Recommander ce message
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